Pourquoi l’affaire Cahuzac est un scandale d’Etat

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Jérôme Cahuzac était le ministre de la rigueur, de la finance publique. Aujourd’hui, il est surtout reconnu comme le menteur numéro 1 de la patrie. Mensonge à l’Assemblée, au président, au premier ministre, au gouvernement, aux citoyens… Mais peut-on parler ou non d’un scandale d’Etat ? Est-ce une défaillance individuelle ou un problème plus grave ? Beaucoup de questions, peu de réponses, mais une tentative de remise à plat un maximum d’éléments pour  cerner toute la problématique…

De la République exemplaire…

Ne revenons pas sur cette promesse de campagne, qui semble avoir pris un sérieux plomb dans l’aile. Attachons nous à comprendre pourquoi l’affaire Cahuzac pose aujourd’hui un vrai problème politique dans le pays. Comme le veux Time To Think, essayons d’avoir un autre point de vue sur l’actualité, ou au moins prendre un peu de recul sur les multiples déclarations qui ont suivis les aveux de l’ex-ministre.

Cahuzac, ce héro

Si l’affaire fait grand bruit, ce n’est pas spécialement parce que François Hollande (ou plus généralement le gouvernement) est au milieu d’une crise de confiance. Si l’affaire fait grand bruit, c’est parce qu’elle éclabousse le « père de la rigueur« . Cahuzac, le gardien des clés. N’oublions pas que l’été dernier, c’est à lui qu’a été confié le budget de l’ensemble des ministères. Il avait le pouvoir de dire non, et personne ne pouvait contredire. Jérôme Cahuzac tenait le budget et représentait le gouvernement aux yeux de la France. Au premier plan économique.

Le fil du mensonge

Mais pour comprendre l’amplitude du séisme politique, il faut reprendre de manière chronologique les déclarations de l’ex-ministre. Car rarement un détournement de vérité n’est apparu aussi flagrant. Le 4 décembre 2012, il déclarait dans un communiqué « Je n’ai jamais disposé d’un compte en Suisse ou ailleurs à l’étranger. Jamais ». Avant d’ajouter le lendemain que les déclarations « sont délirantes ». Ces déclarations faisaient suite aux révélations de Médiapart. Un mois plus tard, la récidive: « Ca ne peut pas être moi, puisque je n’ai jamais eu de compte à l’étranger » déclarait-il sur les grandes radios nationales. Le 8 février, il déclare « depuis le début, c’est moi qui dis la vérité » en direct dans le talk show de Jean Jacques Bourdin. Et puis hier, 2 avril, les aveux sur son blog. Fin de l’histoire.

L’effet domino (?)

Le problème quand c’est une des figures du gouvernement qui tombe, c’est qu’il y a souvent des effets collatéraux. Car même si hier soir le Premier Ministre a officiellement lâché l’ex-ministre, l’affaire semble tout de même bien plus compliqué qu’un simple « mensonge » fait à l’ensemble de la classe politique. Et c’est alors que la magie d’Internet peut commencer. Direction les archives à la recherche d’éléments qui pourraient prendre un tout autre sens aujourd’hui

L’énigme du document Moscovici

Et le premier élément assez intriguant, c’est sur France Inter qu’on le retrouve. Le 7 Février. Lors d’une interview, le ministre de l’Economie avoue en effet avoir fait jouer les mécanismes d’entraide fiscale afin d’en savoir plus sur la situation en Suisse. Les autorités du pays lui ont alors transmis un document, lequel a été  « transmis à qui de droit » selon les dire du ministre. Un secret fiscal plutôt bien gardé puisque ce document n’est pour le moment pas véritablement évoqué. Pour revivre l’interview, c’est ici.

Bien plus qu’une défaillance individuelle

Une démission après une telle affaire dans de telles circonstances, cela va laisser des traces non seulement pour le gouvernement, mais aussi dans l’histoire. Car aucun jeu de mot ou élément de communication va réussir à cacher la bombe lâché en ce 2 Avril. La politique face au mensonge, sans protection. Mais l’effet domino reprend de plus belle. Car la question soulevée va également traîner comme une tâche pour le gouvernement: comment est-ce possible que personne n’est été au courant ? Car c’est bien le président et le premier ministre qui ont élevé Cahuzac au rôle de tête d’affiche…

D’où vient l’argent ?

C’est la prochaine étape. Compte en Suisse ou à n’importe où dans le monde, ce qui est sûr, c’est que des gens vont vouloir savoir d’où vient l’argent. Est-il sale, détourné, blanchi… Tout est imaginable. Mais la réponse, elle se trouve sans doute dans le passé de l’ex-ministre. Car avant d’être ministre, Cahuzac a rencontré un grand succès dans son précédent métier, à savoir les implants capillaires. Il se converti très rapidement dans le conseil, mais pas auprès de n’importe qui: conseil auprès de groupes pharmaceutiques. Et c’est de là que pourrait provenir l’argent que l’on trouve sur son/ses compte(s) à l’étranger. Officiellement on ne parle pas lobbying, mais lorsque Daniel Vial vous donne un dossier, on peut se poser la question. Pour vous situer, Daniel Vial, c’est la personne qu’il faut connaître dans le milieu pharmaceutique… Mais tous les scénarios sont bien sûr envisageables.

La fin de la carrière politique ?

Pas forcément. Personne ne meurt en politique, c’est bien connu. Le temps joue un grand rôle. Des exemples ? Il y en a beaucoup dans l’histoire. DSK avait démissionné de son poste de ministre du budget en 1999 (affaire MNEF), Michel Roussin en 1994 ou encore Gérard Longuet également en 1994. Peut-être reverra-t-on un jour Cahuzac en politique…

En guise de conclusion, je citerai simplement Edwy Plenel, de Médiapart (dont il faut saluer encore une fois l’excellent travail) : « Je me méfie des médias qui après avoir critiqué Mediapart chercheraient à piétiner Cahuzac ». Tout le monde va enfoncer Cahuzac alors qu’il y a quelques mois beaucoup tentaient de le défendre. Gardons les archives pas loin

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Cet article a été écrit par...
Clement Passionné d'actualité, c'est en 2011 que je créé Time To Think, site d'actualité. 3 ans plus tard, ce dernier devient Fourth Wall. Mon objectif : mettre en avant l'actualité dont les grands médias parlent peu ! Retrouvez moi aussi : www.clement-gracyk.com

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