Liban, Tripoli, la ville fantôme

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Alors que les conflits font rages à Damas, Alep, et beaucoup d’autres régions de la Syrie, le Liban subit des dommages collatéraux importants. Rappelons d’abord les faits dramatiques du mois d’août de l’été dernier. Un premier attentat dans le quartier de Roueiss (banlieue sud de Beyrouth), fief du hezbollah parti politique chiite (branche musulmane) et ennemi juré des mouvements radicaux sunnites (branche majoritaire de l’islam). 

Au total cet attentat a fait plus de 40 morts et 300 blessés.
Quelques jours après, c’est  la ville de Tripoli, connue pour son adversité au Hezbollah, et région la plus pauvre du Liban, qui subit un double attentat.
Cette attaque a coûté la vie à 80 personnes et a fait 500 blessés.
Malgré de fortes tensions entre les partis sunnites et chiites, la théorie du complot syrien pour exporter la guerre fut confirmée par les autorités libanaises, mettant de côté l’idée d’une éventuelle guerre civile entre les deux communautés.

Ces attaques du mois d’août sont les plus meurtrières depuis la guerre civile (1975-1990), qui avait donné naissance à une rivalité sanglante au cœur de Tripoli, entre le quartier sunnite de Bab el-Tebbaneh et celui de Jabal Mohsen (alaouite, branche du chiisme).
Alors que la banlieue sud de Beyrouth a fêté récemment le retour de six pèlerins chiites, enlevés sept mois auparavant en Syrie et accusés d’être des membres actifs du Hezbollah au service de l’armée syrienne, Tripoli souffre quotidiennement.
Par sa proximité avec la Syrie (à 3 heures de route), Tripoli voit le fantôme de ses rivalités communautaires resurgir.

Les affrontements entre Bab el-Tebbaneh (soutien de la rébellion syrienne) et Jabal Mohsen (pro Bachar El-Assad) n’ont rien de nouveau mais ils inquiètent de plus en plus le gouvernement libanais, qui déclarait dernièrement ne pas oublier cette région délaissée.
Depuis une semaine des échanges intensifs de tirs ont lieu entre ces deux quartiers, faisant à ce jour une dizaine de morts. Les habitants de Tripoli passent leurs nuits sous le bruit des mortiers et B7. Par leur témoignage, on comprend tristement cette angoisse quotidienne.

Un jeune habitant, SB, vivant à quelques pas de ces quartiers nous raconte qu’il a l’impression de vivre une guerre, celle de la Syrie. Lui et sa famille redoutent les nuits, moment propice au combat. L’après-midi est calme, car les gangs armés se reposent des combats de la veille. Mais les tripolitains ont tellement peur qu’ils ne sortent plus du tout.

Seule l’armée tente tant bien que mal de s’installer sur la route de Syrie, séparant les deux quartiers ennemis. « C’est une ville fantôme, il y a des hommes mauvais qui attaquent les hommes de Bab El-Tebbaneh, que Dieu les protège » me confie SB, lui-même de confession sunnite.
Les propos de l’adolescent sont parfois très dur malgré son jeune âge (17 ans). Bien qu’il ne soit pas du quartier Bab El-Tebbaneh, il m’explique que les pro-Bachar sont leur ennemis, en petit nombre et qu’il faut les combattre, développant une triste haine envers le peuple chiite.

Mais le conflit n’est pas si simple, car cette région pauvre a laissé place à tous les extrêmes, notamment des gangs armés n’appartenant à aucun des quartiers rivaux, mais aussi aux djihadistes qui prêchent dans certaines des mosquées.
Tripoli inquiète, Tripoli l’oubliée du Liban résistera-t-elle encore longtemps au conflit syrien ? Les habitants s’inquiètent, quittent la région, et la confiance en l’armée libanaise est fissurée…

Le risque majeur est que par une mauvaise gestion, le conflit qui s’exporte s’installe et se propage dans d’autres régions libanaises.

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Cet article a été écrit par...
Habiba

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