Le film immanquable : Gravity

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James Cameron n’y va pas par quatre chemins. Selon lui,Gravity ne serait rien de moins que « le meilleur film sur l’espace jamais réalisé ». Quand on sait que l’indéboulonnable Stanley Kubrick, en plus d’influencer des générations entières de cinéastes, a en son temps révolutionné la science-fiction – c’était en 1968, avec le monument 2001 : l’Odyssée de l’espace –, on ne peut que mesurer l’ampleur et la portée de cette déclaration, que certains ne manqueront pas de juger, si pas fantaisiste, au moins hasardeuse.

Faut-il pour autant crier haro sur le maître à penser de Titanic et Avatar ?  Tout porte à croire le contraire. D’abord parce qu’Alfonso Cuarón a mis en place des dispositifs techniques parfaitement inédits : dans Gravity, la « Light Box », authentique concentré de technologie, côtoie une exploitation à tout le moins savante du procédé de « performance capture ». À cela s’ajoute l’union subtile entre l’infographie et l’animation, mariées pour les besoins d’un processus créatif atteignant un degré de réalisme tout bonnement stupéfiant. Ensuite parce que l’expérience sensorielle proposée, unique en son genre, repose sur une restitution hyper-maîtrisée du ressenti des astronautes dans l’espace.

Difficile dès lors de ne pas se laisser transporter par un spectacle qui parvient sans mal à mettre tous nos sens en éveil. Il convient à cet égard, peut-être plus que jamais, de souligner le travail titanesque réalisé par les techniciens opérant dans l’ombre : la qualité du tableau formel doit en effet beaucoup aux prouesses d’Andy Nicholson, le chef décorateur, et de Neil Corbould, le superviseur des effets visuels, grand artisan des impressions d’apesanteur. Magnifié par le coaching de mouvement, porté par la prestation cinq étoiles d’une Sandra Bullock que l’on n’attendait plus à ce niveau, coloré par la musique inspirée de Steven Price, Gravity est une mécanique imperturbable, une bouffée d’oxygène pur dans un milieu vicié, une sorte d’excroissance plastique qui éclaire d’un jour nouveau le septième art. Techniquement avant-gardiste, photographiquement irréprochable, ce survival à la fois minimaliste et grandiose, pensé et développé en 3D, ne fait que poser des jalons, ouvrir des brèches, créer des tendances et baliser le terrain.

Chose rare, des cinéastes de la trempe de Jean-Pierre Jeunet, Darren Aronofsky ou encore Guillermo del Toro ont affirmé avoir été époustouflés par le travail d’Alfonso Cuarón, déjà salué à l’occasion du visionnaire Les Fils de l’homme. Au vu des trouvailles visuelles, on ne saurait leur donner tort. Tout se tient et vient à propos : les plans-séquences vertigineux, les renversements de perspective, les mouvements de caméra déconcertants, les transitions subjectives, les prises de vues édifiantes, les effets spéciaux somptueux – ce syndrome de Kessler (la réaction en chaîne engendrée par les débris spatiaux) filmé avec maestria, débordant d’imagination et de splendeur. Subjugués par la beauté des images, nous en oublierions presque l’histoire, quelque peu marginalisée pour le coup. Il y est avant tout question de résilience, d’amour maternel et de survie, le tout étant absorbé par une réflexion philosophique bien plus vaste, portant sur le déracinement et l’élan vital.

Documenté par la NASA et écrit par deux générations de Cuarón, le scénario paraît certes peu épais, mais jamais dénué de consistance, ni de vraisemblance. Un détail quasi insignifiant tant le réalisateur mexicain sait pertinemment où il va : vers une performance technique qui fera date, imparable et haletante, inédite et percutante. Au final : (10/10)

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Cet article a été écrit par...
Jonathan

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