Cinepsis : Le Plus : « Le Congrès » / Le Moins : « Les Amants passagers »

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Cinepsis, c’est votre rendez-vous du mercredi sur Time To Think. Chaque semaine, retrouvez la critique cinéma de Time To Think sous la forme d’un « Plus / Moins ». Principalement rédigé par Jonathan, Le Plus/Le Moins vous permettra de découvrir,  toujours avec concision, le meilleur et le pire de ses (re)découvertes.[divider_flat]

Le Plus : Le Congrès (2013).

Cinq années après l’étincelant Valse avec Bachir, Ari Folman, père du documentaire d’animation, revient sur le devant de la scène muni d’une adaptation à double visage d’un roman de Stanislas Lem, grand maître de la science-fiction polonaise, à qui l’on doit notamment le chef-d’œuvre Solaris. Formellement binaire, voire bicéphale, Le Congrès fait succéder aux prises de vues réelles des images d’animation requérant l’emploi de la rotoscopie, une technique consistant à redessiner les performances préalablement filmées des comédiens. Ainsi, techniquement, l’œuvre du cinéaste israélien s’inscrit précisément dans la lignée de Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, et se distingue en conséquence de la plupart des productions contemporaines, recourant volontiers au procédé de motion capture. Et force est de constater que le directeur d’animation Yoni Goodman et le concepteur artistique David Polonsky, déjà présents sur Valse avec Bachir, font à nouveau des merveilles : la magnificence graphique – 60 000 dessins nés des mains expertes de 200 professionnels – vient en effet sublimer une mise en scène savamment construite. Non seulement Ari Folman est aux petits soins avec le visuel, mais il ne néglige pas pour autant l’écriture, aussi dense et joyeusement décousue que subtile.

La première partie du film, composée de prises de vues réelles, s’attache au parcours de Robin Wright, actrice aux choix de carrière douteux, avant qu’elle n’accepte d’être scannée par la Miramount. La suite vient ponctuer, en animation, un cri de nostalgie à l’égard du cinéma traditionnel, tout en soulevant parallèlement des questions relatives à la parentalité, aux illusions, aux drogues et, surtout, à ce monde qui chaque jour nous file un peu plus entre les doigts. Dystopie implacable, inégale et follement ambitieuse, Le Congrès abonde de niveaux de lecture et entretient sans soumission des liens filiaux avec Mulholland Drive (réalité unique contre réalités subjectives fantasmées), Le Roi et l’Oiseau (contre-utopie d’animation) ou encoreS1m0ne (les performances d’acteurs générées virtuellement). En dépit d’un certain hermétisme, ce nouveau chef-d’œuvre d’anticipation, en plus de radiographier sans détour la monétisation de l’image, détricote avec maestria une industrie cinématographique en proie aux dérives technologiques et aux diktats commerciaux. Parsemé d’éclairs de génie, porté par un casting impeccable, Le Congrès propose rien de moins qu’une réflexion indispensable sur le cinéma et la nature humaine. Ne serait-il dès lors pas dommage d’en détourner le regard ?  (8/10)

Le Moins : Les Amants passagers (2013).

S’affranchir d’un cinéma codifié n’est jamais chose aisée. Nombreux sont les réalisateurs qui y ont laissé des plumes. En cherchant à faire valoir une liberté de ton salutaire, ils se sont pris les pieds dans le tapis, quand ils n’ont pas simplement fini sur le carreau. Harmony Korine, dont le Spring Breakers a récemment essuyé les foudres de la critique, en sait quelque chose. Dans un registre tout à fait différent, Pedro Almodóvar vient, lui aussi, de l’apprendre à ses dépens.

Avec ses décors kitsch au possible, son propos abusivement gay-friendly, ses séquences en huis clos exsangues, son mauvais goût prononcé et son humour parfois graveleux, Les Amants passagers ressemble en effet à s’y méprendre à un festival d’idées fâcheuses. Pire, alors même que nous sommes censés nous préoccuper du sort des passagers d’un avion en détresse, leur nature ambiguë, voire carrément détestable, et leurs histoires sans queue ni tête nous éjectent soigneusement et imparablement à des kilomètres d’un récit par ailleurs caricatural et sans grand intérêt. Cerise sur le gâteau : pourtant rarement pris en défaut en la matière, Pedro Almodóvar s’adonne à une réalisation plate et déséquilibrée, faisant trop souvent la part belle aux fautes de rythme et aux scènes cousues de fil blanc. Même la photographie, d’habitude si pétillante et vétilleuse, n’a ici rien de particulièrement affriolant. L’idée de base, sonder l’âme de personnages confrontés à la peur et aux doutes, semblait pourtant propice à l’expression de l’immense talent d’Almodóvar. Mais celui qui aurait logiquement dû évoluer comme un poisson dans l’eau s’est finalement perdu en banalités, clichés réducteurs et inepties scénaristiques. Allez comprendre… (4/10)

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Cet article a été écrit par...
Jonathan

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