Cinepsis : Le Plus : « Buffet froid » / Le Moins : « Le Guerrier silencieux »

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Cinepsis, c’est votre nouveau rendez-vous du mercredi sur Time To Think. Chaque semaine, retrouvez la critique cinéma de Time To Think sous la forme d’un « Plus / Moins ». Principalement rédigé par Jonathan, Le Plus/Le Moins vous permettra de découvrir,  toujours avec concision, le meilleur et le pire de ses (re)découvertes.[divider_flat]

Le Plus : Buffet froid (1979).

On peinerait presque à y croire. Largement inspiré de la personnalité même de Gérard Depardieu, récompensé en son temps par le César du meilleur scénario, Buffet froid, authentique chef-d’œuvre d’humour noir, aurait été ficelé d’une seule traite par Bertrand Blier, son architecte et bâtisseur en chef. Une sorte d’émanation divine, touchant à la fois à la contre-utopie burlesque et à la chronique sociale surréaliste. Loin des liqueurs opiacées hollywoodiennes, cette narration euphorisante et insaisissable ne se risque par ailleurs jamais à s’agenouiller devant les convenances scénaristiques. Au contraire, elle martèle avec émulation le non-sens et l’absurdité, rejetant tout cartésianisme à mesure qu’elle déroule une métaphore sociétale impitoyable et scrupuleusement dénuée de tout effet de mode. Porté par trois acteurs monumentaux (Depardieu, Blier, Carmet), Buffet froid met en scène un triangle humain marginal et déroutant, dont la base n’est rien de moins qu’un personnage ne répondant à aucune logique, sinon celle d’un onirisme indéchiffrable et à tout le moins décalé. Décors urbains déserts, immeubles vides, interactions accidentées, couleurs froides et ternes, « quidam » célèbre (Michel Serrault) : tout, ou presque, procède d’une mécanique nihiliste, fantasque et vitriolée. Se réclamant à la fois de Georges Lautner et de Michel Audiard, cette comédie noire enracinée dans des tensions indicibles fait la part belle aux meurtres gratuits, aux dialogues parfaitement troussés, aux scènes cultes, à l’humour grinçant et aux atmosphères théâtrales insondables. Les protagonistes, joyeusement déshumanisés pour la cause, personnifient avec véhémence un monde glacial étranger au moindre sentiment, vénéneux, philistin et, surtout, à contre-courant. Un délice aussi hypnotique qu’irrévérencieux. Incompris, ce jubilatoire Buffet froid se soldera à l’époque par un cuisant échec commercial, les rares spectateurs ayant consenti à se déplacer exigeant même d’être remboursés. Une ultime leçon de non-sens, fortuite et indésirable cette fois-ci. (10/10)

Le Moins : Le Guerrier silencieux (2009).

Grande promesse du circuit hollywoodien, le Danois Nicolas Winding Refn n’en finit plus de polariser les regards. Alors même que l’insondable et implacable Drive attirait il y a peu les foules, son nom se répandait parallèlement comme une traînée de poudre, allant jusqu’à doubler les amarres au rivage cinéphilique. Mais cette cote nouvellement au zénith ne peut en aucun cas minorer des productions antérieures plus confidentielles, comme ce Guerrier silencieux qui a le mérite d’éclairer d’un jour nouveau son cinéma, fasciné par la violence et magnifié par une photographie éclatante. Film de vikings aux repères temporels et géographiques flous, cette construction biscornue peu loquace émiette les enjeux dramatiques en faveur de partis pris contemplatifs. C’est ainsi que les décors naturels écossais, somptueux, viennent habiller à eux seuls des séquences narrativement accidentées, si pas anémiques. Car c’est bien là que le bât blesse : elliptique, exsangue et déséquilibré, cette œuvre déroutante ressemble à s’y méprendre à une indigente coquille vide, voire à un exercice de style de pure forme.

D’une vacuité certaine, elle pèche aussi au niveau du souffle, chaque envolée scénaristique préfigurant en effet un brusque et regrettable arrêt respiratoire. Reste toutefois un acteur de tous les plans, l’immense Mads Mikkelsen, impeccable dans un rôle pourtant ingrat. Au-delà de cette prestation cinq étoiles, on retiendra surtout des dispositifs formels au poil, la force de frappe visuelle venant (heureusement) contrebalancer les pérégrinations vaines d’un combattant sans passé ni dessein. Quid alors des ressorts dramatiques ?  Faux prétextes articulés autour des guerres confessionnelles (païens contre catholiques) et de la quête d’un Nouveau Monde (la terre inhospitalière sur laquelle le héros échoue), ils ne servent finalement qu’à prêcher les convertis. (6/10)

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Cet article a été écrit par...
Jonathan

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