Cécile Kyenge, une ministre aux prises avec le racisme

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C’est un peu comme si l’Italie cherchait à couvrir ses vices du masque de la vertu. En faisant de Cécile Kyenge la première ministre noire de l’histoire, Enrico Letta n’a pas seulement mis à l’honneur l’ouverture et l’interculturalité : par ricochet, il a offert une tribune à tout ce que le pays compte de xénophobes et de groupuscules d’extrême droite. Avec, en filigrane, un landerneau politique perdu dans un tourbillon de bons et mauvais sentiments.

Paris et Rome n’ont plus grand-chose en commun. Pourtant, le parcours de cette ophtalmologue originaire du Congo fait étrangement écho à celui d’une Rachida Dati ou d’une Najat Vallaud-Belkacem. On y retrouve l’ascension fulgurante, la nomination hautement symbolique et les résistances exacerbées. Si les deux Françaises n’ont pas été épargnées par les critiques, les adversaires de Cécile Kyenge, bien plus virulents, ne s’embarrassent d’aucun scrupule, se moquant tant des règles de bienséance que des dispositifs antidiscriminatoires en vigueur. La guerre des mots – insultes, quolibets, lieux communs – fait état de celle des maux – racisme, intolérance, conservatisme.

L’avènement d’un symbole

Cécile Kyenge découvre la politique sur le tard. En 2004, alors âgée de 40 ans, elle intègre le Conseil municipal de Modène, avant de passer à l’échelon provincial en 2009. Elle décroche ensuite un siège de député lors des législatives de février 2013, sous la bannière du Parti démocrate de Pier Luigi Bersani. Enrico Letta, fraîchement désigné formateur, fera appel à elle quelques semaines plus tard et lui confiera un ministère à tout le moins emblématique, l’Intégration. Avant d’hériter de ce portefeuille, la parlementaire préparait un dossier touchant au racisme institutionnel. Sensible aux questions sociales, elle milite par ailleurs depuis longtemps pour l’abrogation du délit d’immigration clandestine et cherche à ouvrir le marché du travail aux étrangers. Des positions propres à s’aliéner la droite radicale et à faire bondir les milieux extrémistes, qui ne se privent pas de la taxer de tous les maux, la renvoyant au mieux à des images réductrices et à des injures insupportables.

Mais la nouvelle ministre de l’Intégration n’en a cure. Elle s’attelle au contraire à la réforme du droit du sol, qui vise à accorder la nationalité aux enfants nés de parents étrangers établis en Italie depuis plus de cinq ans. De quoi fâcher un peu plus certaines oppositions de principe, peu enclines aux évolutions sociétales.

Du pain sur la planche

Entre une Ligue du Nord ouvertement xénophobe et des groupuscules d’extrême droite qui ne cessent de s’agiter, Cécile Kyenge mène un âpre combat pour l’intégration. Et devient, en conséquence, l’objet de toutes les diatribes. Ainsi, les commentaires racistes pullulent sur la Toile, tandis que des organisations comme Forza Nuova persistent dans la promotion d’idées nauséabondes portant sur sa personne. En butte à l’infamie, la ministre doit en plus essuyer une salve de sobriquets racistes : « gouvernement bunga bunga », « guenon congolaise », « zoulou », « Noire anti-italienne », etc. Le degré zéro du débat démocratique, en somme. Même les parlementaires s’y mettent. Le peu recommandable Mario Borghezio, tribun issu des rangs de la sulfureuse Ligue du Nord, met en garde contre les « traditions tribales » que Cécile Kyenge s’évertuerait prétendument à imposer au pays. Pis encore : il assène, sans ambages, que les Africains n’ont jamais « produit de grands gènes ». Un discours que ne renierait pas le parti grec néo-nazi Aube dorée. Celle qui entend lutter contre toutes les formes de discrimination ne peut en tout cas désormais plus ignorer ce qui l’attend : la croix et la bannière.

Cet article a été rédigé dans son intégralité par Jonathan Fanara. Si comme lui vous souhaitez participer et publier des articles, c’est ici. Pour son blog, c’est ici. Autrement, vous pouvez également lire l’Italie à l’heure des choix, ou l’Islamophobie, un fléau à ne pas sous-estimer ou enfin à droite, les vieux démons ont la peau dure.

 

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Clement Passionné d'actualité, c'est en 2011 que je créé Time To Think, site d'actualité. 3 ans plus tard, ce dernier devient Fourth Wall. Mon objectif : mettre en avant l'actualité dont les grands médias parlent peu ! Retrouvez moi aussi : www.clement-gracyk.com

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