Au cœur de la Commission belge de contrôle des films

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Du 29 avril au 31 octobre, aux Archives générales du Royaume, à Bruxelles, se tient l’exposition (gratuite) « Enfants non admis ». L’occasion de revenir sur plus de septante années de censure chapeautée par les pouvoirs publics, au travers d’une Commission de contrôle des films un peu trop zélée.

Au programme : une mise en perspective historique, des archives inventoriées, des extraits de procès-verbaux, des vidéos édifiantes et des centaines d’affiches promotionnelles. Une authentique mine d’or pour toute personne s’intéressant un tant soit peu à l’histoire belge du cinéma et, plus généralement, à l’évolution des mœurs au cours du vingtième siècle.

« Enfants non admis » part d’un constat irréfutable – la Commission, par son activité, régulait l’offre cinématographique – et le contextualise afin d’en saisir l’essence. Le public y découvre les raisons ayant présidé à la classification des films, aux coupures de scènes et, parfois, à la censure pure et simple. Mieux encore : grâce à la mise à disposition de plusieurs correspondances entre l’industrie et la Commission, l’exposition lève le voile sur les désaccords, les doléances et les arrangements en œuvre pendant plus de septante ans. Et ce n’est pas tout : « Enfants non admis » étudie toutes les époques, embrasse tous les genres, sans jamais négliger les questions connexes, comme les polémiques soulevées par la composition de l’instance ou la multitude de sentences non motivées. Autant d’éléments révélateurs de dysfonctionnements procéduriers.

Une ligne directrice trop floue

Bénéficiant d’un pouvoir coercitif considérable, la Commission s’est longtemps posée en faiseuse de roisou en guillotineur, c’est selon. Une lourde responsabilité qui ne l’empêchera cependant pas de donner dans l’arbitraire et de souffler le chaud et le froid, trahissant ainsi une incohérence au mieux fâcheuse. L’exposition tend d’ailleurs à démontrer que les décisions rendues n’ont pas toujours résisté à l’épreuve du temps : certains films ont ainsi été soumis à plusieurs reprises, parfois à des années d’intervalle, dans l’espoir d’obtenir une révision du jugement arrêté. Cette seconde chance, une planche de salut offerte par l’évolution des mœurs, révèle l’extrême muabilité des positions initialement exprimées. Car ce qui demeure intolérable dans les années 1920 se banalise quarante ans plus tard. Un exemple que l’on pourrait décliner à l’infini. Et cela concerne tant l’érotisme que la violence, l’horreur ou le fait politique.

Un passage obligé

Bien qu’elle fût la seule autorité habilitée à délivrer la mention « Enfants admis », la Commission de contrôle des films ne pouvait être qualifiée de censeur, puisque les producteurs lui soumettaient volontairement leurs œuvres. Un fait qu’il convient cependant de nuancer : se priver du public familial revenait en effet souvent à se tirer une balle dans le pied. Alors, pendant longtemps, pour espérer une place dans les petits papiers de l’instance publique, tous se devaient de bannir de leurs œuvres le suicide, le divorce, la nudité ou encore l’atteinte à l’autorité, qu’elle soit parentale, judiciaire, policière ou politique. Des exigences qui font parfois écho au tristement célèbre code Hays, qui a régulé le cinéma américain entre 1934 et 1966, une période frappée du sceau de la rigueur morale et de l’autocensure.

Il faudra attendre les années 1960 pour voir l’influence de la Commission s’éroder. L’essor de la télévision et l’évolution des mentalités lui portent un premier coup dommageable. La multiplication des écrans, la permissivité croissante et la diversification des loisirs auront définitivement raison d’elle durant les années 1990. Une chose est sûre : le cinéma ne regrettera pas cette autorité qui, durant l’entre-deux-guerres, s’est montrée implacable, évaluant avec une sévérité étouffante toute œuvre projetée sur grand écran.

Cet article a été rédigé dans son intégralité par Jonathan Fanara. Si comme lui vous souhaitez participer et publier des articles, c’est ici. Pour son blog, c’est ici. Autrement quelques articles, comme par exemple cet article, celui-ci ou encore celui-là

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Clement Passionné d'actualité, c'est en 2011 que je créé Time To Think, site d'actualité. 3 ans plus tard, ce dernier devient Fourth Wall. Mon objectif : mettre en avant l'actualité dont les grands médias parlent peu ! Retrouvez moi aussi : www.clement-gracyk.com

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